• Chapitre 17 : Docteur Who ? 

    Kit 

     Nous rentrons dans le bâtiment qui mène à ma chambre. Nos vêtements sont complètement trempés d'un mélange d'eau et de talc. Je le regarde, bien que son visage soit couvert de talc et d’ecchymoses il est à tomber, son t-shirt blanc lui colle à la peau faisant apparaître en transparence ses pectoraux ainsi qu'un ventre plat et des abdominaux bien dessinés et même si par endroit son t-shirt est maculé de sang cela ne m'empêche pas de le trouver sexy malgré la situation.

     Je le pousse dans la salle de bain et lui dis de se laver en faisant attention à sa plaie puis je vais lui chercher des vêtements propres dans son sac de sport. Quand je rentre à nouveau dans la salle de bain pour lui déposer ses  vêtements, je le retrouve nu sous la douche, je sors précipitamment de la pièce en rougissant.

     Il finit par sortir de la salle de bain torse nu, son t-shirt propre à la main, sa plaie à l'arcade semble avoir bien coagulé, je ne vois plus de sang couler de la plaie et sur son côté droit près des côtes je vois un hématome, mon cœur se serre en le voyant dans cet état.

     Je vais lui chercher deux poches de gel au réfrigérateur, l'une pour son œil qui vire au noir et l'autre pour ses côtes puis je le pousse à s'asseoir sur le lit et lui dis de m'attendre sagement. Je rentre dans la salle de bain à mon tour et me lave à vitesse grand V, j'en profite également pour m'ausculter en grimaçant, j'ai bien un bleu de la taille de ma paume qui est apparu au niveau du ventre, ce mec ne m'a vraiment pas loupé, je pense que demain je souffrirai aussi de courbatures mais rien de grave. Une fois habillé je vais chercher le sac de premier secours, j'attrape la chaise du bureau et m'installe en face de lui.        

     Je lui dis que je dois vérifier s'il n'a pas de côtes cassées. A la palpation de sa paroi thoracique à part les grimaces qu'il fait quand mes doigts touchent sa peau à l'endroit du bleu, je ne trouve rien d'alarmant, de plus sa respiration reste normale, je suis soulagé. 

     « Eh Kit, n'en profite pas trop pour abuser de mon corps. »

     Je le regarde en le défiant du regard de me sortir encore une réplique de ce genre et j'appuis intentionnellement à nouveau sur son bleu, il grimace en serrant les dents puis finit par dire :

     « Pardonne moi Kitty, je voulais juste détendre l'atmosphère, tu étais tellement sérieux que j'avais envie de voir une autre expression que l'inquiétude sur ton visage. »

     « C'est bon Ming je peux comprendre ça mais je ne voulais pas passer à côté de quelque chose de grave, j'avais besoin de toute ma concentration lors de l'auscultation, je suis rassuré et maintenant je vais pouvoir m'occuper du reste de tes blessures. »

     J'enfile une paire de gants, sors le kit de soins jetables, le déballe et commence les soins en désinfectant ses plaies au visage avec de la bétadine, c'est un produit à base d’iode très efficace dans ce genre de situation, l'apparition d'une ecchymose au niveau de son œil droit est déjà bien marquée mais la paupière n'est pas trop gonflée. 

     La coupure au niveau de l'arcade sourcilière droite est assez profonde mais propre et nette, heureusement que le tesson de bouteille a tapé sur l'os de l'arcade, un peu plus bas et c'était l'œil qui était atteint, je frémis rien que d'y penser. Je décide d'utiliser à la place de bandes de strips de la colle biologique (ça vous rappelle surement une autre histoire, non ?!) la cicatrisation sera plus rapide et avec de la chance on ne verra quasiment rien. Il me regarde un sourire en coin et dit : 

    « J'ai de la chance que ce ne soit pas de la colle Universelle ! »

     Je lui souris, j'étais en train de penser à la même chose. Tout en le soignant je lui explique qu'il ne devra pas mouiller la plaie pendant plusieurs jours et que la colle partira d'elle-même d'ici 10 jours. Les autres ecchymoses au coin de la lèvre et de la pommette gauche ont viré au bleu violacé. Je finis de désinfecter les quelques coupures présentes sur ses poings puis je lui dis qu'il peut remettre son t-shirt ce qu’il fait en grimaçant. Je me lève pour aller lui chercher du paracétamol et un verre d'eau qu’il s'empresse également d'avaler. Je sors le thermomètre frontal du sac puis le met de côté sur le lit. Les soins finis je range le sac dans le placard et vais jeter le kit de soins dans la poubelle et en profite pour lui demander s'il se rappelle de quand date son vaccin contre le tétanos, il me dit ne pas trop sans rappeler, je lui réponds que je vais à la pharmacie en chercher un et que je lui ferai moi-même le vaccin. Il fait la moue. 

     « Ne me dit pas qu'un grand garçon comme toi à peur des aiguilles ? »

     « Si ! »

     « Je t'achèterais le déjeuner comme récompense. »

     « Ming préférerait que Kit paye de sa personne. » 

     « Un baiser alors ? »

    Je vois à la tête qu'il fait qu'il n'est pas satisfait de ma réponse.

     « Un gros câlin ? » 

    Il hoche la tête de droite à gauche.

     « Tu as bien une petite idée de ce dont je désire, tu avais même promis de me donner une date ce weekend. »

     Je sais bien à quoi il pense, c'était ce que j'avais prévu pour ce soir, notre première fois. Je me dis que si rien de tout ça n'était arrivé son souhait aurait été exaucé. Depuis tout à l’heure je n'arrête pas de me dire si et si… si seulement on n'était pas sortis, si on était allés sur un autre lieu de fête… mais bon continuer comme ça ne changera rien à la situation de toute façon. Je fais celui qui n'a rien entendu, il ne dit plus rien non plus et j’en profite pour  lui demander s'il souffre, il me répond avec ce sourire qui me fait tant craquer :

     « Ça va, Docteur Kit  s'occupe très bien de moi. »

     Quand je repense à la peur que j'ai eue lorsque je l'ai vu prendre des coups aussi violent… mon cœur a bien failli s’arrêter de battre à plusieurs reprises ce matin et ce souvenir me donne envie de le frapper.

    « Ne me refais plus jamais une peur comme ça, je t'aime trop pour te voir finir à l'hôpital ou pire ! Et " jouer au docteur "avec toi ne fait pas partie de mes fantasmes. »

     Ming me regarde avec un grand sourire.

     « Quoi, j'ai dit quelque chose de drôle ? » 

     Il continue à me sourire avec un air béat.

     « Shia, mais quoi ? Qu'est-ce qu'il y a ? »

     « Kitty, tu as entendu ce que tu viens de me dire ? »

     « Ben oui, je t'ai demandé de ne plus me faire peur comme ça ! »

     « Oui, ok ! Mais après, tu m'as dit quoi ? »  

     Je suis en train de me demander s'il n'a pas finalement reçu un coup sur la tête quand je réalise que je viens de lui dire que je l'aime, aussitôt que je le réalise je sens mes oreilles et mon visage virer au rouge, il me répond : 

     « Et oui ! Il faut dire que tu es une vraie tête de mule quand tu t'y mets, il t’aura fallu quatre mois, jour pour jour, pour me dire ces deux petits mots "je t'aime." Si j'avais su qu’en me blessant mon petit Kitty finirait par me dire je t'aime, je l'aurais fait plus tôt. » 

     « Espèce d'idiot ! » C'est tout ce que je trouve à lui dire.

     Puis je me retourne pour ne pas qu'il me voit rougir encore plus, il m'attrape par la taille et me fait m'asseoir sur ses genoux. Je grimace sous le contact de ses doigts qui appuient sur mon bleu. 

    « Ming arrête, qu’est-ce que tu fais ? »

     « D'après toi ? Je recharge mes batteries en te faisant un câlin, je me sens fatigué et j'ai besoin de ma dose de KitKat. »

     « Si tu es si fatigué je te propose de faire une sieste. »

     « Je veux bien mais pas sans mon Kitty ! »

     « D'accord mais avant laisse-moi aller à la pharmacie. » 

     Il acquiesce de la tête. Une fois dehors j'appelle Pha, il décroche dès la première sonnerie. Je lui fais un résumé de l'état de Ming, il est d'accord sur le diagnostic et me dit en riant que finalement il a bien fait de nous obliger Beam et moi à le suivre dans ses études de médecine et je me mets à sourire en me disant que je vois où il veut en venir avec sa dernière phrase.

      « Au fait, tu t'es servi du sac de première urgence que je t'ai offert ? »

     « Oui ! »

     « Tu vois que finalement mon cadeau était utile. »

     Il finit par me demander ce qu'il m'est arrivé dans cette impasse, je lui dis juste : 

     « Je n'ai pas envie d'en parler pour le moment mais ne t'inquiète pas, il ne m'est rien arrivé de grave là-bas, je t'appelle demain dans la journée. » 

     « Ok, Docteur Kit. » et il raccroche le premier.

     Une fois rentré à l'appartement avec mes achats, je les range au réfrigérateur et je laisse le vaccin sur la table de nuit près de Ming, il s'est finalement endormi sur le lit. Je me penche pour prendre sa température, elle est normale, il dort si bien que j'ai des scrupules à le réveiller mais je ne veux prendre aucun risque avec toute cette eau qui est rentrée en contact avec sa plaie, ma plus grande peur pour le moment c'est le Tétanos, cela peut arriver avec de l'eau insalubre et c'est la mort assurée dans plus de 70%  des cas dans des régions comme la nôtre car malheureusement une grande partie de la population thaïlandaise n’est pas vaccinée contre le Tétanos.

     Je pose ma main gauche sur son épaule et le secoue doucement en l'appelant, il ouvre les yeux et me sourit, je vois dans son regard une lueur d'espièglerie mais avant que je ne puisse réagir il pivote, m'attrape le bras gauche et me fait glisser sous lui, il approche doucement son visage vers le mien pour m'embrasser sur la bouche, je détourne la tête, il fronce les sourcils :

     « Pourquoi ? Kit n'aime plus les baisers de Ming ? »

     Il essaye de me prendre par les sentiments en me faisant son regard de chien battu, je finis par sourire en lui disant que dans son état plus il se reposera et plus vite il récupérera. 

     « Juste un petit baiser, aller, juste un, c'est promis après je serai sage ! »

     « Non ! » Je reste inflexible et je suis obligé de lui lancer mon regard le plus impénétrable.  

     « Après le vaccin, si tu veux. »

    Il hoche la tête d'un air malheureux, je me redresse en serrant les dents à cause de mon bleu puis une fois debout je dépose rapidement un baiser sur sa joue avant de partir chercher ce qu'il me faut pour lui faire le vaccin. Je reviens vers lui et m'assoie sur le lit à ses côtés. Il joue avec ses doigts ce qui m'informe de sa nervosité. Je décide de le distraire en lui demandant de me reposer la question de toute à l'heure pendant que je prépare la seringue et commence à désinfecter la zone où je vais injecter le vaccin.

     « Quelle question ? » 

    Il ne semble pas comprendre où je veux en venir.

     « Demande-moi « quand ». »

     « Quand..... ? » Puis tout d'un coup il comprend.

     « Quand ! »

     Je lui réponds :

     « Dans environ 15 jours quand tes bleus auront disparu. »

     Et je profite de sa stupeur pour lui faire l'injection dans le haut de l'épaule. Vu la tête qu'il fait il est encore sous le choc de ma réponse et quand je me lève pour ranger mes affaires et déposer l'aiguille dans la boite collecteur prévue à cet effet, il finit par me demander :

     « Et le vaccin c'est quand que tu le fais ? »

     « C'est fait ! »

     « Quoi ?! » Et il regarde son épaule pour vérifier et découvre le petit pansement que j'ai mis à l'endroit de l'injection, il me fait un grand sourire.

     

    Ming 

     Je regarde Kit en souriant. Malgré l'apparence de calme qui se dégage de lui, je vois que ses joues et ses oreilles rougissent, je sais qu'il est gêné par son annonce, je trouve ça mignon le fait de pouvoir lire en lui comme dans un livre ouvert, c'est pour ça aussi que j'aime autant le taquiner, le voir démarrer au quart de tour à chacune de mes "attaques" est un vrai plaisir.

     Quand je repense à sa déclaration « mon petit poisson » se met à frétiller dans mon pantalon. Que Kit décide d’être à moi corps et âme dans 15 jours provoque en moi un tel sentiment d’euphorie que j’ai l’impression d’être saoul mais je dois aussi être prudent maintenant et ne pas commettre de faux pas au risque de voir ma petite femme revenir sur sa décision. Je décide quand même de le chahuter juste un peu, oui je sais, je suis fou, mais fou de lui !  

    « Tu m’avais promis un bisou après le vaccin, tu as déjà oublié ? »  

     Je vois une certaine méfiance dans son regard. Je lui promets que je serais sage et que je ne me servirais pas de mes mains, je tapote le lit en lui disant de venir s'asseoir à côté de moi, ce qu'il fait mais avec une certaine réserve puis je mets mes mains derrière mon dos et j'approche doucement mon visage du sien et lui dis :

     « Je vais compter jusqu'à cinq puis je vais t'embrasser, si tu changes d'avis entre temps tu n'auras qu'à détourner la tête et j'interromprais mon baiser. »

     « 5..4..3..2..1… » 

    J'approche lentement mon visage du sien et je le vois fermer les yeux alors j'appuie tout doucement ma bouche sur la sienne et quand je sens ses lèvres s'ouvrir lentement, je passe ma langue entre elles pour en agrandir un peu plus l'ouverture et pénètre dans sa bouche humide pour venir accrocher ma langue à la sienne. Ce baiser ne reflète en rien les émotions qui m’animent à cet instant, si je m'écoutais, je le plaquerais sur le lit pour l'embrasser follement jusqu'à en perdre haleine. 

     Et comme à chaque fois que mes baisers se font tendre ceux de Kit à l'inverse deviennent intenses et profonds, il met tellement de force à me rendre mon baiser que nous basculons tous les deux en arrière sur le lit et quand ma main touche son ventre il ne peut s'empêcher de pousser un gémissement de douleur. Je nous redresse rapidement et c'est un nouveau gémissement de douleur qui s'échappe de sa bouche, cela m'inquiète.

     « Ça va Kit ? » 

     Il hoche la tête pour me dire oui tout en serrant les dents. Ce n'est pas normal, je me lève et lui demande de soulever son t-shirt, il refuse en disant qu'il n'a rien, j'insiste et il continue de nier qu'il a mal. Je l'attrape alors par les épaules et le fait basculer avec moi sur le lit, il gémit encore une fois, je lui bloque les hanches avec mes cuisses et tout en tenant ses poignets d'une main je soulève son t-shirt de l'autre et ce que je vois m’arrache un cri de stupeur puis je reste quelques secondes sans rien dire, Kit n'ose même pas me regarder dans les yeux, je regarde à nouveau son bleu, celui qui lui a fait ça n'y est pas allé de main morte.  

     « Shia ! C'est pour ça que tu m'as dit que nous ne ferions l'amour que dans 15 jours, ce n'était pas pour attendre que mes blessures guérissent mais pour me cacher ton bleu en attendant qu'il disparaisse, c'est ça ?! »

     Kit hoche la tête mais n'ose toujours pas me regarder, je le lâche et roule sur le côté du lit. Nous restons là allongés l’un à côté de l’autre quelques minutes sans rien dire. Si je remets la main sur le mec qui lui a fait ça je crois que... Je soupire puis je tourne mon visage vers Kit et lui dis :

     « Finalement je comprends, en me cachant ta blessure tu voulais justement éviter que je m'emporte, c'est ça ?! »

     Il fait oui de la tête, je me redresse et lui tend les mains pour l'aider à se relever, il grimace encore une fois sous la douleur, je sens mon cœur se serrer fort dans ma poitrine.

     « Allons manger dehors, j'ai faim. » dis-je en lui souriant. 

     « J'ai déjà acheté le repas, il est dans le frigo, je préférerais que nous restions ce soir ici pour nous reposer, tu es d'accord ? »

     « Comment pourrais-je refuser la demande de ma petit femme quand je le vois faire la moue de façon si mignonne. »

     Je souris en voyant Kit lever les yeux au ciel en faisant encore la moue en entendant ma dernière phrase.

     Après le repas je sens la fatigue me submerger, Kit laisse échapper un bâillement, nous nous allongeons sur le lit. Kit a la tête posée sur ma poitrine du côté valide, je lui caresse doucement les cheveux jusqu'à ce qu'il s'endorme, je finis aussi par m'endormir mais je suis rapidement réveillé par Kit qui s'agite dans mes bras, il m'appelle dans son sommeil et n'arrête pas de gémir, je me mets à lui dire :

     « Je suis là ... ! »

     « Je suis là ... ! »

     « Tu es en sécurité maintenant ... ! »

     Et tout en lui caressant la tête je continue à lui parler doucement jusqu'à ce qu'il s'apaise. Je me dis qu'il faudrait que j'appelle Forth un peu plus tard dans la soirée pour faire le point avec lui, cette agression n'était pas le fruit du hasard, Kit en était la cible, le papier qu'a ramassé Forth dans la ruelle était en fait une photo de nous six prise à la cafétéria et sur cette photo un cercle rouge entourait la tête de Kit, cela veut dire aussi que depuis le début de notre sortie ces deux individus ne devaient pas être loin de nous et peut être qu'avec un peu de chance les caméras du parking les auront filmés.   

    À suivre…


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